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Biographie animée

Les femmes de ma vie

Raconter à partir d’archives familiales > Exemples

Exemple Julia Exemple Marie Exemple Ysé

Sur une centaine d’années, trois générations de femmes. La lignée commence à Paris, vit en Bretagne, puis s’aventure au Vietnam, avant de revenir à Paris. Trois femmes dont l’histoire est parcourue des ressacs de la société.

Ma grand-mère, Julia, est une femme au foyer, dédiée à sa famille, heureuse, se sentant à sa place, sans revendication d’un autre rôle à jouer. Elle a connu deux guerres, les privations, elle sait ce que la vie coûte.

Ma mère, Marie, endosse le rôle elle aussi, mariée jeune et mettant vaillamment cinq enfants au monde. Mais la société enfle de nombreuses revendications. Mai 68 passe par là. Les femmes veulent s’épanouir autrement. Marie oscille entre un vrai bonheur d’être mère et le désir de s’inscrire dans la société en travaillant. Elle a des regrets.

Ma fille, Ysé, « petite Poucette », comme dit Michel Serres, ultra-connectée, née vietnamienne mais devenue française, se sent européenne et citoyenne du monde. Les frontières spatiales sont abolies ; les obstacles à franchir sont d’un autre ordre : comment laisser vibrer qui l’on est profondément ? Comment respecter l’autre dans sa différence et continuer à s’entendre dans le bruit que fait le monde ? Comment créer l’harmonie sur une planète à bout de souffle ?

Julia

Louise et ses trois enfants posent, juste avant la guerre de 14 ; le bébé, c’est la deuxième Marie-Louise. Il était fréquent à l’époque de donner à l’enfant suivant le prénom de celui qui venait de mourir. Lourd héritage !
Il existait une autre photo, identique, mais vieillie et froissée parce qu’elle avait séjourné dans la veste du père de Julia pendant toute la guerre de 14. J’imagine le soldat avec cette photo sur le cœur. Je ne sais pas ce qu’elle est devenue.

11Louise et ses trois enfants posent

René, le père de Julia, pendant la guerre de 14-18

Julia a poussé comme un haricot. Nous sommes en 1916, elle a huit ans et sa robe, la même qu’en 1914, un peu rafistolée, est devenue bien trop petite.

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Les lieux de l’enfance, dans le quartier latin

Les parents de Julia, René et Louise, à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, en 1924. Peu de temps après, Louise va mourir dans un accident de voiture. Au mois de novembre, il fait encore beau, la famille part faire un pique-nique. René conduit, la voiture dérape sur une plaque de verglas. Aucun cri, tout se passe en une seconde. Louise a seulement une petite goutte de sang sous une narine, mais elle est partie. Julia a dix-huit ans.

Le père de Julia, dans son atelier rue Mignon, à Paris. Il était doreur sur tranche, c’est-à-dire qu’il posait de l’or sur la tranche des livres ; Julia racontait qu’il ne fallait surtout pas créer de courant d’air dans l’atelier, sans quoi les feuilles d’or s’envolaient. François, quand il est entré dans la famille, a compris que le père de Julia était d’Horreur sur Tranche, un village au nom peu engageant, baigné par la rivière de la Tranche. Le quiproquo a duré un certain temps !

Été 1926, Julia a dix-huit ans et la coupe garçonne de l’époque, agrémentée de quelques crans.

René posant en smoking. Après la mort de Louise, il s’est remarié avec Gabrielle M., que Julia et sa sœur appelaient secrètement « la mère tape dur ». Julia a ensuite toujours détesté les parfums à la lavande parce qu’ils lui rappelaient celui de sa belle-mère. Elle s’est beaucoup occupée de sa sœur, qui n’avait que douze ans à la mort de Louise. Elle a obtenu un diplôme de couturière et travaillé un peu à domicile avant de se marier. Ensuite, elle fera à ses enfants des vêtements sur mesure dès qu’elle aura un bout de tissu à sa disposition. Pendant la guerre, quand un tricot deviendra trop petit, elle le détricotera patiemment et en fera de grosses boules puis de nouveaux chandails.

11René posant en smoking
11Celui que Julia choisira plus tard

Celui que Julia choisira plus tard, posant à l’âge de cinq ans. Il est né le 11 août 1908, dans le 15e à Paris. Lui aussi perd très jeune sa mère. Je crois me souvenir qu’on l’a longtemps habillé en fille, peut-être pour équilibrer la fratrie, déjà dotée d’un frère aîné, ou pour se consoler du chagrin d’avoir perdu deux petites filles, Georgette et Yvette, mortes vers l’âge de six mois.

11A l’âge de sept ans, en 1915

Le même, à l’âge de sept ans, en 1915, dans son uniforme d’école, j’imagine. Au fait, il s’appelle Gaston !

11Marius T. né le 9 octobre 1876 père de Gaston

Marius T., né le 9 octobre 1876, père de Gaston, occupe une place importante au New York Herald, à Paris. Très tôt orphelin, il a été recueilli par des cousins d’Amérique et a passé sa jeunesse dans ce pays. Le voilà (à droite), en 1927, place de l’Opéra, à deux pas de l’immeuble qu’occupe le journal, au 47 de l’avenue de l’Opéra. Il fera entrer par la petite porte son fils aîné, Marcel, qui gravira les échelons, du poste de coursier à celui de directeur de la publicité.

Voilà Gaston devenu ingénieur, sorti quatrième de sa promo, en 1928. À l’heure du cinéma parlant et avant son mariage, il installe des cabines de projection pour la société Charlin, surtout en Bretagne. Cela lui plaît beaucoup, mais il n’est pas toujours payé à la fin du mois. Un jour de 1932, à la condition qu’il ait un smoking, sa société le charge d’installer la salle de cinéma du Normandie, un des transatlantiques de l’époque. Il embarque sur le paquebot et organise des projections pour les passagers pendant la traversée jusqu’à New York. Traversée sur une mer houleuse, au cours de laquelle le piano se déplace au gré du roulis dans la salle de concert.

 

11Gaston et Julia se marient le 1er août 1933
11Gaston et Julia se marient le 1er août 1933

Gaston et Julia se marient le 1er août 1933, à l’église Saint Sulpice, dans une petite chapelle dédiée à la Vierge, ce qui coûtait moins cher. Ils ont chacun vingt-cinq ans.

Julia et son bonheur d’être mère. Elle n’a cessé de câliner, nourrir, bercer, écouter les peines et les joies, rassurer, apaiser, prendre soin de tous ceux qu’elle aimait. Avec une bonne humeur, une sagesse et un optimisme constants. Le dernier petit mot qu’elle nous a écrit, déjà malade, dit tout son amour pour sa tribu.

11Julia et son bonheur d’être mère
11Julia et son bonheur d’être mère
11Julia et son bonheur d’être mère

Les siens, série de portraits

Gaston

Jean

Nicole